Mercredi 23 novembre 2011
3
23
/11
/Nov
/2011
21:07
Crise économique mondiale:Le franc Cfa dévalué le 1er janvier
2012
Togo, Bénin, Niger, Burkina Faso… le quotidien ivoirien "Notre voie" dévoile l’objet de la tournée ouest-africaine de
Ouattara. C’est une information exclusive. Les pays membres de la zone Cfa n’ont pas fini de souffrir. Cette fois, c’est le noir qu’ils vont commencer à broyer. Si rien ne vient entre temps
changer la donne, dès le 1er janvier 2012, c’est-à-dire dans 40 jours, le F Cfa sera dévalué à nouveau. La parité fixe qui jusque-là était de 1 euro=655,59 F Cfa, passera à 1 euro=1000F
Cfa.
Selon un diplomate européen, c’est pour apporter cette information aux chefs d’Etat de l’Uemoa qu’Alassane Dramane Ouattara a fait le tour de la sous-région la
semaine dernière. Il a été mandaté, selon le diplomate, par le président français Nicolas Sarkozy. « En Afrique centrale, c’est à Denis Sassou Nguesso que la mission a été confiée d’informer
ses homologues de la Cemac mais aussi des Comores », ajoute notre source. Le diplomate assure que Sarkozy, compte tenu des problèmes que le Président sénégalais rencontre actuellement et
surtout à cause de sa grande susceptibilité, a tenu à parler personnellement à Abdoulaye Wade, lequel devrait informer son petit voisin Bissau-guinéen. Comme on peut s’en douter, cette mesure de
dévaluation du F Cfa est venue de la grave crise que traverse en ce moment l’Europe de l’euro et que seule, l’Allemagne supporte à travers ses caisses. C’est donc la Chancelière allemande, Angela
Merkel, qui, selon nos sources, a demandé à son homologue français, Nicolas Sarkozy, de mettre de l’ordre dans les ex-colonies françaises avant qu’il ne soit tard. Mais si l’on regarde bien le
schéma, il ne s’agit pas, à travers cette mise en garde de Mme Merkel, de sauver les économies des pays de la zone F Cfa. Il s’agit bien d’aider la France à éviter de sombrer, ce qui
pourrait plomber la zone euro, l’Allemagne ne pouvant plus à elle seule financer les déficits de cette zone. Mais qu’est-ce que la dévaluation du F Cfa peut bien apporter à la France au plan
financier et budgétaire ? Beaucoup, beaucoup trop même. Au travers de la guerre militaire qu’elle a menée ouvertement en Côte d’Ivoire pour renverser Laurent Gbagbo, la France a réussi à
mettre sous l’éteignoir, tous les nationalistes et autres souverainistes dont le fondement de la politique est de redonner à l’Afrique, toute sa dignité. Laquelle devrait lui permettre de
diversifier ses relations commerciales et politiques avec le reste du monde et non plus seulement avec l’ancienne puissance coloniale. Le cas de la Côte d’Ivoire est édifiant à cet égard.
Aujourd’hui, tout semble dire que les accords de 1961, lendemain des indépendances, ont été réveillés. Les sociétés françaises ont récupéré tous les marchés. Bouygues est présent partout et il ne
serait pas surprenant que, pour acheter désormais sur le marché mondial, l’Etat de Côte d’Ivoire passe forcément par l’Etat français. En d’autres termes, c’est en France que nous allons désormais
acheter tout. Et comme tout cela se fait en devise (euro), nous allons dépenser beaucoup de Cfa pour obtenir peu de produits. Ce qui arrangerait vraiment la France, si l’on tient compte de
l’ensemble des pays de la zone Cfa qui vont acheter sur le marché français ou qui vont être obligés de faire transiter leurs marchandises par les ports et aéroports français. Si l’on ajoute à
cela l’exploitation honteuse de nos ressources à laquelle se livre en toute impunité la France, on peut dire que le pari est gagné pour Paris de trouver les milliards d’euro qu’elle cherche
partout pour combler son déficit.
De l’avis d’un expert, les pays africains vont contribuer, avec cette mesure, pour 40% de leurs avoirs, au colmatage du déficit français. Comme en janvier 1994,
lors de la première dévaluation, les pays africains qui font la manche recevront encore beaucoup d’argent des pays européens. Puisqu’il leur suffit de dégager 1 million d’euro pour que cela se
transforme en 1milliard de F Cfa. Parions ! Les hagiographes des différents palais présidentiels chanteront à l’unisson la fameuse chanson qui ne leur réussit pourtant pas :
« Pluie de milliards !!! ». Oubliant que cet argent est à rembourser non seulement avec des intérêts mais en devise. Conséquence, la dette des pays africains toujours sous la
coupole de Paris va accroître de façon vertigineuse. Sacrifiant ainsi les futures générations africaines qui, une fois aux affaires, passeront le clair de leur temps à rembourser des dettes.
Depuis que Ouattara est parvenu au pouvoir, les prix des produits alimentaires de première nécessité ne font qu’augmenter à la vitesse grand V. A partir du 1er janvier prochain, ça va être plus
grave. La dévaluation ne peut nous servir que si nous exportons beaucoup. Tout le monde le sait. Tous les pays de l’espace francophone importent presque tout : produits manufacturés, riz,
bois, poisson etc. A partir du mois de janvier 2012, c’est maintenant 1000 fcfa pour un euro. Au moment de servir le marché intérieur, les commerçants revendeurs devront tenir compte de cette
nouvelle parité fixe. Les prix vont donc gonfler et ça va chauffer dans les marmites ! Le prix du carburant va suivre la flèche dans le sens vertical. Et on n’y pourra rien. Malheur aux
pauvres populations africaines !
Abdoulaye Villard Sanogo
(Quotidien "Notre Voie" Côte d’Ivoire
Derniers Commentaires