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Dans des conditions douteuses et, peut-être, hérétiques – le missel, paraît-il, ne comportait pas toutes les pages – la messe est dite. Bouteille à encre ou panier à crabes, où nul jamais ne
cherchera à voir clair à moins de vouloir se salir les doigts ou se les voir réduits en bouillie, car les crabes sont méchants. C’est pour éviter de tels risques que la plupart de nos concitoyens
préfèrent dire que le vin est tiré. Dans la perspective de le boire tous ensemble – il n’y a pas d’alternative – nos concitoyens sont déjà gravement plongés dans l’attitude olympienne du Bouddha.
Ainsi, après trois proclamations des résultats – toujours les mêmes – rien ne les fit sortir de leur mutisme indifférent, hautain. On tendit l’oreille pour enregistrer les marques de joie et de
gémissement. En vain. On est ailleurs maintenant. On est Bouddha.
Il est vrai que le vocabulaire, déjà riche de notre vie politique étalée sur le Dahomey et le Bénin, vient de s’enrichir d’un mot nouveau qui fait bruit et casse dans le Landerneau : K.O !
L’idée, originale, de mettre K.O. très officiellement 47 % des Béninois, n’était pas mal au départ, vu que c’est la minorité. Mais à l’arrivée, ce fut un K.O. étendu à tous les Béninois parce que
les 47 % de gens envoyés brutalement sur le tapis ont tous, dans le camp d’en face, des parents qui se sont mis aussitôt à les soigner, étendus sur eux pour leur souffler dans les narines afin
qu’ils reviennent à la vie. Cela s’appelle les premiers secours en attendant l’ambulance, et cela fait 100 % de Béninois sur le tapis, les uns sur les autres. Voilà comment, arithmétiquement,
l’on n’a eu personne pour se réjouir ni pour se plaindre. Personne n’avait le cœur à s’exprimer. Ceux qui étaient K.O. étaient soignés par ceux qui ne l’étaient pas. Comment déboucher champagne
dans ses conditions, alors que c’est beaucoup d’eau fraîche qu’il faut jeter sur les corps spasmodiques des frères et sœurs étalés ? Les Béninois et Béninoises sont têtus. On a beau les avoir
prévenus du K.O. et qu’ils serait assené, ils n’ont pas cru. Ils n’ont pas cru que les 34 % de 2006 puissent se transformer en plus de 50 % en 2011, et ils ont eu tort.
Blanc comme neige en 2006, l’exercice du pouvoir l’a rendu plus blanc que neige en 2011. On peut gouverner innocemment et impunément. La preuve est là.
Tout cela aidant, l’appel à la résistance n’a certainement pas été entendu. Il était adressé, bien entendu, aux étalés sur le tapis. Un échec par K.O. n’est pas un échec banal. Votre organisme ne
vit plus qu’à 70 %. Il faut un certain temps et des soins pour que reviennent les 30 %. Déjà donc, un certain délai de rigueur n’a pas été respecté avant le lancement de l’appel à résistance. Et
puis, quand les victimes du K.O. se relèveront, ce sera pour découvrir que, jamais dans l’histoire politique des peuples, un grand bourgeois n’a pris la tête d’une révolution. L’air conditionné
de ses appartements, les saveurs de sa cuisine, les senteurs de ses objets sous verre (et rien de tout cela n’est une faute) ne l’y prédestinent pas. D’où il ressort qu’un appel à résistance
lancé par lui est un cheveu que l’on retrouve dans la soupe où il n’a rien à faire. D’où il ressort également que, si les victimes dudit K.O. se souhaitent un chef pour la revanche, ils devront
en attendre un autre.
Mais lequel ? La campagne électorale qui a précédé ledit K.O. a été un bide et un vide. Non pas que rien ne s’y soit passé, mais quelque chose ne s’y est pas passé ! Disons plus simplement qu’il
n’y eut ni idées ni propositions à même d’emporter l’enthousiasme. L’enthousiasme que l’on a parfois surpris derrière les candidats était – oh combien ! – factice et vénal : les gens se faisaient
payer pour aller chanter et danser pour les candidats ; c’étaient claqueurs faisant leur devoir de claquer des mains pour faire le spectacle contre matières sonnantes et trébuchantes, jusqu’à ce
qu’intervînt ledit K.O. qui mit tout le monde au tapis, comme on vient de le voir : 53 % de nos concitoyens au chevet de 47 % de nos concitoyens.
Ces réflexions post élections nous auront conduit, comme fatalement, à évoquer la question de l’argent. A vrai dire, tout, et surtout la politique, se ramène aujourd’hui à l’argent au Bénin. Il
est à l’origine de tous les K.O. Pour éviter le chaos induit par l’accumulation des K.O., nous devrions tous, avec ou sans appel, entrer en résistance contre le tout-argent.
(Par Roger Gbégnonvi)
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