Mardi 2 février 2010 2 02 /02 /Fév /2010 20:52

Lorsque les générations futures s’intéresseront à ce qui s’est passé ces deux jours, elles y rechercheront les ambitions qui ont animé ses promoteurs. Elles feront peu de cas de nos critiques à l’endroit de ceux qui ne pensent pas comme nous. Elles auront peut-être même oublié les promesses de ceux qui ne voulaient plus de politique mais de développement. Les termites auront déjà digéré les chroniques enflammées des théoriciens des messies extraterrestres. Selon toute vraisemblance, de nouveaux prophètes auront remplacé ceux qui ont déjà commencé à renier leurs prédictions et à maudire leur enfant.



Chers amis, Comme leurs prédécesseurs, ils tenteront de se reconvertir en religieux entrepreneurs, en porte parole, en chargés de mission ou en animateurs de la société civile à la recherche d’une nouvelle virginité. Lorsque les commentateurs s’intéresseront à nos travaux, ils y rechercheront nos propositions et non nos critiques à l’endroit de la conduite actuelle des affaires publiques. Bien que les média publics et quelques autres organes de presse privés, corrompus par contrats, célèbrent à longueur de reportage les avancées de notre pays, la réalité quotidienne leur inflige un démenti permanent et incite les honnêtes gens à continuer de s’interroger. C’est dire que nous n’aurions pas fait preuve d’une grande originalité ni comblé les attentes si nous nous étions contenté de redire ce que tout le monde sait. Lorsque, dans quelques années, les historiens revisiteront notre parcours à partir des déclarations de ce jour, ils y rechercheront soit les raisons d’un espoir déçu soit les explications du déclenchement d’un processus qui aura transformé le climat politique dans notre pays et ailleurs en Afrique, comme ce fut le cas de la Conférence nationale. Grande est donc notre responsabilité ce jour où tous les regards sont tournés vers cette salle du stade de l’amitié. Les oreilles collées à des postes radio, nos paysans, nos ouvriers, nos fonctionnaires, nos entrepreneurs, nos étudiants, nos jeunes, les femmes de notre pays bref notre peuple tout entier est en attente de nos conclusions pour y puiser des raisons d’espérer.

Mes Chers amis, Pour ambitieuse que soit notre entreprise, elle ne reflète pas moins les aspirations profondes de notre peuple. Le désir de sécurité et de savoir ou on va hante la conscience de nos populations et raccourcit le sommeil de chacun de nous. Dans ce monde en désarroi, secoué par des crises successives, alimentaires, financiers, économiques et autres, n’est-il pas légitime de s’interroger sur ce qui attend nos enfants, sur la possibilité pour eux de vivre dans un environnement où ils pourront s’épanouir, offrant de réelles possibilités de création de richesses et d’emplois et présentant des opportunités qui valorisent les talents et récompensent les efforts ? Or, les huit millions que nous sommes parmi les milliards d’êtres humains qui peuplent la planète, nous ne parvenons pas à nous réunir autour d’idéaux partagés. Fractionnés en une multitude de groupuscules, nous nous livrons à des combats autour de la pénurie, incapables de mettre en valeur la centaine de milliers de kilomètres carrés que Dieu nous a confiée. Pourtant, il y coule des fleuves ; le soleil y brille toute l’année et la fertilité des sols récompense, avec générosité, les efforts de ceux qui disposent des moyens de produire. En outre, pendant que le peuple laborieux peine à vivre, la couche parasite de notre société confisque les fruits du travail de tous et s’adonne à la mendicité internationale, son sport favori, en quête d’aides financières à capter à son profit. C’est à changer cet état de chose que nous avons l’ambition de nous consacrer. Durant la phase préparatoire de cette rencontre, nos groupes de travail ont esquissé notre vision du monde. Ils ont rassemble les éléments qui serviront de base à un programme de gouvernement. A cette occasion, chacun de nous a pris encore plus la mesure du drame des familles qui ne parviennent plus à se nourrir, besoin fondamental s’il en est. On comprend alors l’absence d’échos aux appels à la scolarisation de tous les enfants, à la fréquentation des centres de santé, à la relance de la production et à l’innovation. On comprend également le désarroi des jeunes et des femmes qui se battent autour des microcrédits politisés. Par notre démarche, nous voulons apporter une réponse concrète aux interrogations des populations désespérées. Il est évident que le défilé hebdomadaire des créateurs de partis sur les écrans de la télévision nationale n’est pas de nature à clarifier la situation. Ce nouveau commerce, qui rapporte gros pour ses géniteurs, embrouille malheureusement le débat et les enjeux. Peut-être que les réjouissances auxquelles donnent lieu ces manifestations, à l’initiative des ministres, font parti des axes prioritaires du gouvernement en matière de promotion des spectacles et des loisirs. Nous avons eu raison, au cours de cette convention, d’emprunter un autre chemin et de prendre d’autres initiatives pour animer la vie politique nationale. Les résultats auxquels nous venons de parvenir confirment la stratégie prudente que nous avions adoptée. Beaucoup déploraient les hésitations, les reculs, la marche saccadée et l’impatience, avouons le, avait gagné nos rangs. Le découragement s’en est mêlé au point que la tenue de cette convention devenait un défi à relever. Nos adversaires n’ont naturellement pas manqué d’alimenter la polémique et croyaient trouver dans nos tâtonnements les raisons d’obtenir la dislocation qu’ils appelaient de tout leurs vœux. A la vérité, leurs espoirs ne se sont évanouis qu’après l’échec des derniers assauts dans les commissions et l’adoption des textes constitutifs de l’Uni­on. Mais nous serions de bien naïfs acteurs si ce succès ponctuel nous plongeait dans une quiétude qui conduit à l’immobilisme puis à la dislocation. D’expérience, nous savons que l’uni­on est le fruit d’un combat et que les tendances fractionnelles ne disparaitront pas par enchantement. Ce serait naïf de croire que, du jour au lendemain, la coopération militante va remplacer nos confrontations multi décennales entre groupes. Les ambitions personnelles continueront de nourrir de secrètes stratégies de sous alliance et ceux qui tirent profit de la situation actuelle ne déposeront pas les armes et n’ accepteront aucune paix des braves, sans combat. C’est conscient de toutes ces difficultés que nous avons néanmoins décidé de tenter l’unification de nos forces. Bien sûr, nous aurions souhaité rassembler un plus grand nombre de forces politiques, servir de creuset pour unir toutes les communautés vivant sur tout le territoire national. Mais, pour le moment, les forces de régression continuent de s’opposer, avec un certain succès, à l’intégration nationale. Prolongeant des tendances anciennes, elles exercent de fortes pressions dans des régions entières où ceux qui veulent une ouverture politique sont considérés comme des traitres.

La lecture de la carte politique de notre pays indique bien les endroits où nous avons besoin de courage et d’effort pour restaurer le pluralisme politique. Dès lors, nous comprenons nos camarades qui ne peuvent franchir, pour le moment et sans danger, les portes de ces régions fortifiées, Aussi en appelons nous à tous ceux qui jouissent d’une influence à l’intérieur de ces zones interdites pour qu’ils utilisent leur pouvoir à étendre l’espace de démocratie et de pluralisme politique à l’ensemble de notre pays. Quant à l’Uni­on, elle reste ouverte à tous ceux qui ne se nourrissent pas de la sève venimeuse du régionalisme et du tribalisme. Elle poursuivra ses efforts pour accueillir en son sein, de façon militante et fraternelle, les courageux qui s’attaqueront, avec réalisme, aux obstacles idéologiques et sociopolitiques dressés contre la cohésion nationale. Ce sera avec la même ferveur patriotique que l’Uni­on accueillera tous ceux qui voudront rejoindre ses rangs. Ils sont des millions, ceux qui souhaitent un pays apaisé. Elles sont des millions, les femmes qui triment dans nos champs, sur nos routes, dans nos marchés à la recherche d’un cadre pour participer à la prise des décisions qui les concernent. Dans les villages comme dans les villes, nos jeunes au chômage regardent l’horizon assombri dans l’espoir de déceler la lueur qui les mettrait en mouvement. Aussi tendons-nous une main fraternelle à nos amis venus nous soutenir hier par leurs messages pour un apaisement du climat politique dans notre pays. Ceux d’entre eux, qui ont choisi de rassembler et non d’émietter, de renforcer les liens sociaux et non de les détruire nous paraissent aller dans la bonne direction. Comme le nôtre, leur succès clarifiera le débat politique. C’est ce qui justifie nos vœux de réussite pour leur entreprise afin que l’alternance s’appuie sur des forces politiques crédibles, capables d’assumer la responsabilité de la conduite des affaires publiques dans un esprit de tolérance et de décrispation. A tous les patriotes de notre pays, à celles et ceux qui souhaitent une recomposition et une simplification du paysage politique, à celles et ceux qui voudraient contribuer au renouvellement qualitatif de la classe politique, à celles et ceux qui voudraient participer à des débats responsables, constructifs ct dignes, à celles et ceux qui œuvrent dans les associations professionnelles ou non et dans les organisations non gouvernementales pour aider les plus pauvres à participer à la vie nationale, l’Uni­on tend les bras et les invite au combat : Combat pour la restauration d’un climat de concorde, Combat pour la convivialité, le dialogue, la détente sociale et politique, Combat pour l’apaisement des conflits qui déchirent les familles dans les villages et les quartiers de ville, Combat pour la pratique tolérante des religions, Combat pour la création des entreprises et de l’emploi pour nos jeunes, Combat pour la sauvegarde de notre dignité et de la fierté nationale,

Bref combat pour la survie de notre peuple menace dans ses valeurs fondamentales Quant à vous, militantes et militants de l’Uni­on fait la Nation, soyez fiers de ce que vous avez déjà accompli. Nous avions sous-estimé vos capacités à transcender nos divergences et nous venons de constater, avec bonheur, que vous vous inscriviez depuis for longtemps dans la nouvelle dynamique d’uni­on. L’optimisme qui emplit les cœurs des Béninoises et des Béninois en ce jour plonge ses racines dans votre détermination avérée à surmonter les obstacles que nous avions dressés de nos propres mains au cours de nos luttes passées. Oui, chers amis, regagnez vos foyers sains et saufs, par la grâce de Dieu. Répandez autour de vous le message de l’espoir. Organisez vous pour accueillir les délégations de l’Uni­on qui examineront avec vous les problèmes du terrain dans chaque commune. Oui, l’Uni­on fait la Nation ; Oui, un grand parti vient de prendre son envol ; Oui, une aube nouvelle se lève sur notre pays. Soyons en les principaux artisans !

Publié dans : Opinion - Par David METINHOUE
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Mercredi 2 décembre 2009 3 02 /12 /Déc /2009 21:15

Monsieur le Président de la République,
La seule motivation de la présente lettre est la peur. Vous êtes en train d’échouer, inexorablement, à la mission que le peuple béninois vous a confiée. Malgré les nombreux avertissements de certains de nos compatriotes qui continuent de prouver leur bonne foi en s’excluant de parti pris politicien, vous avez, domaine par domaine, précipité la destinée de la Nation et de sa postérité au bord du gouffre. Certaines personnalités qui vous demeurent inconditionnellement fidèles finissent par reconnaître, elles-mêmes, qu’il y a une crise éthique et morale. Une crise inédite des valeurs sociales et républicaines qu’artificiellement l’on veut réduire à l’économie. Et c’est pour attirer votre attention ainsi que celle de nos compatriotes sur l’entêtement de l’histoire à provoquer des désastres en pareilles circonstances que nous nous adressons à vous.
 
La préoccupation aujour-d’hui n’est pas de savoir si vous resterez ou non au pouvoir à la fin de votre mandat. Des signes manifestes de décrépitude montrent que, vous ou une autre personne, celui qui succèdera à la pagaille actuelle, devra s’armer d’intelligence exceptionnelle pour désamorcer la bombe que, collectivement, nous sommes en train de vous aider à armer silencieusement. Personne, mieux que vous, Monsieur le Président de la République, n’ignore aujourd’hui la gravité de la situation. Personne, mieux que vous, n’a également les pouvoirs nécessaires pour y mettre fin. Et l’on peut y mettre fin.
 
De quoi s’agit-il ?
 
Vous nous aviez promis un changement. Et, avant même que vous ayez précisé ce que vous vouliez changer et comment vous comptiez le faire, les trois quarts des Béninois, officiellement, vous ont accordé leurs suffrages. Non pas qu’ils soient bêtes, mais parce qu’ils en ont marre des mêmes rengaines, qu’ils ont assez vu les mêmes individus décrépits qui, depuis trois générations vivent sur le dos de l’Etat, ne laissant comme seul bilan que celui de leur incapacité notoire.
 
Pour vos électeurs, vous ne faisiez pas partie du sérail. Pour vos électeurs, les mêmes qui vous attendent au tournant, vous n’aviez pas encore montré votre propre incapacité, vous étiez un homme nouveau, un homme qui leur ressemblait, un homme sorti de nulle part, mais qui a osé étudier, osé réussir, sans coup de pouce d’un certain parrain, sans faire partie d’une certaine mafia. Pour vos électeurs, vous étiez donc l’incarnation d’une certaine justice sociale, la même qu’ils ont voulu revendiquer par l’illustration de votre élection. Vous incarniez donc en soi le changement.
 
Or, quelle réponse leur avez-vous apportée jusqu’à ce jour ? Comment avez-vous pu rétrécir à ce point la peau de chagrin ? Vous les avez tout simplement déçus, en reprenant les mêmes anciens hommes pour mieux amplifier les mêmes pratiques antisociales parmi lesquelles le trafic d’influence, le népotisme, la gabegie, le régionalisme, la dilapidation des deniers publics, l’achat massif des consciences et les passages en force battent des records jamais égalés. Des sentiments mesquins qu’interdisaient naguère la pudeur, l’autorité de l’Etat (la primauté de l’imaginaire collectif que nous appartenons à une même communauté sur l’anarchisme du grand seigneur), ces sentiments refoulés s’expriment aujourd’hui comme un privilège social avec, l’ombre portée, une constance dans la veulerie, une culture de l’abjection et du mépris, une généralisation et une valorisation de la muflerie.
 
Jamais, Monsieur le Président de la République, les recettes publiques n’ont été si massives que depuis votre règne. Et l’on aurait pu vous en féliciter si ces recettes n’avaient pas été si massivement mal distribuées en si peu de temps, comme jamais dans notre pays.
 
En effet, malgré ce paroxysme des recettes publiques, en pleine situation de crise, les problèmes d’énergie et d’eau restent non résolus pour la population. L’administration publique et les entreprises d’Etat nourrissent vis-à-vis de la population qui est et demeure leur employeur, un mépris inexplicable. Par exemple, Bénin Télécoms SA vend des clés USB de cinquante mille francs en sachant qu’elles ne fonctionnent pas correctement sans qu’aucune autorité ne l’interpelle. Dans certaines de nos mairies, nos concitoyens attendent deux mois pour se faire établir une carte nationale d’identité, s’ils ne veulent pas ou s’ils n’ont pas les moyens de corrompre les agents. Les ripoux, au sein de notre police sont en train de l’emporter, en toute évidence, sur ceux qui respectent leur vocation de telle manière que les abus font légion au moment même où les gangsters, désormais, peuvent opérer sans crainte et en toute quiétude que ce soit devant la présidence de la République , ou même en prenant à témoins des milliers de personnes dans le plus grand marché de l’Ouest africain, le marché Dantokpa.
 
L’administration publique est truffée d’incompétents notoires, absentéistes et arrogants, soutenus par des lobbys régionalistes primaires qui en garantissent la pérennité. Jamais aux temps que le peuple vous a appelé à changer, la dilapidation des deniers publics n’a atteint une masse aussi élevée en si peu de temps. Les patrons n’ont aucun pouvoir s’ils ne sont pas issus de certaines localités et les agents peuvent menacer impunément de les faire virer s’ils se hasardent à leur réclamer la rigueur. Les concours de recrutement dans l’administration publique subissent des pressions de tricherie et de tripatouillages qui ne vous auraient, vous-mêmes, permis d’accéder à rien en votre temps. Tout le monde sait, par exemple, les pressions dont vos proches ont été victimes lors du dernier concours de police où quelques cancres assujettis et maîtres cancres en campagne vous ont demandé d’annuler les résultats uniquement parce que les plus méritants sont reçus au lieu des listes préétablies par eux. Il est vrai que vous n’avez pas répondu positivement à leur requête, mais vous avez manqué gravement de les dénoncer et de les débarrasser de votre entourage.
 
Monsieur le Président de la République,
 
Ces dysfonctionnements de l’administration publique ont des séquelles tangibles sur la grande masse de nos concitoyens réduits de plus en plus dangereusement à la prostitution et à la précarité. Chacun essaie d’arnaquer l’autre pour s’en sortir tout en se donnant bonne conscience qu’il est de toute façon, lui-même arnaqué.
 
Le SMIG, normalement fixé par l’Etat en fonction d’indicateurs économiques très précis, ne correspond plus à rien aujourd’hui, peu de fonctionnaires vivant effectivement de leur salaire. Dans la ville de Cotonou, par exemple, il permet à peine de payer un loyer. Pourtant, des dizaines de milliers de nos concitoyens employés surtout dans le secteur privé gagnent moins du SMIG. C’est ainsi que les rackets et autres bakchichs au sein de l’administration sont purement et simplement remplacés par la prostitution physique et le vol, comportements qui ont franchi le cap de la marginalité pour devenir une véritable activité nationale.
 
Dans ce sillage, les débits de boissons s’affichent comme les affaires des plus florissantes, au mépris de toute norme de sécurité et d’hygiène, à côté des zemijan dont le nombre croissant défie le catalogue des bonnes intentions sur une révolution verte. Ces débits de boisson n’emploient que trop rarement nos concitoyennes parce que neuf promoteurs sur dix s’interdisent de respecter la réglementation du travail, transformant ainsi nos sœurs des pays voisins en prostituées.
 
L’éducation nationale intègre cette déchéance. Les enseignants « qui connaissent quelqu’un » préfèrent se retrouver dans l’administration où ils n’ont rien à faire, mais où ils gagnent, rien qu’en primes, plus du salaire de ceux qui gardent la craie. L’énormité étant devenue la norme, personne ne trouve cela choquant. Quant aux élèves, l’on devient franchement ridicule en leur demandant de travailler pour se réaliser, aucun indicateur national ne permettant d’illustrer une telle affirmation. Au contraire. Chacun veut devenir douanier, politicien ou footballeur. Mais, même pour la douane où il faut un concours de recrutement, personne ne croit que c’est par le travail que l’on peut réussir.
 
Avant de nous arrêter sur les records battus dans notre République ces trois dernières années, nous ne pouvons pas ne pas évoquer la santé publique. Les travaux de voirie exécutés dans la ville de Cotonou auraient pu être salués s’ils n’avaient pas contraint davantage de nos concitoyens à croupir dans l’eau stagnante, en les exposant aux maladies, à chaque pluie. Et ce n’est pas comme si ces maladies pouvaient souvent être soignées. A la corruption dans nos unités sanitaires viennent s’ajouter des grèves récurrentes dont on mesure désormais la portée en nombre de décès faute de soins. Evidemment, ces chiffres déjà effrayants s’ajoutent aux décès faute d’argent dont, hélas, le bilan macabre reste inconnu.
 
Monsieur le Président de la République,
 
Il ne nous plait pas de revenir sur les erreurs de votre politique extérieure, tant la situation intérieure est grave. Mais surtout parce que l’échec cuisant essuyé récemment par notre pays à l’élection du Directeur Général de l’UNESCO en est une illustration parlante. Quand on sait que notre candidat occupait depuis plusieurs années la direction de cette institution pour l’Afrique, on peut interroger son bilan personnel, c’est vrai, mais l’on peut aussi déplorer que la masse de vos conseillers ne soit pas arrivée à rendre plus discrète votre implication personnelle dans ce désastre programmé.
 
Au plan de la politique intérieure, votre échec à exprimer un projet de société clair qui rallie une partie de l’opinion à vous et une autre contre votre camp, a abouti à une focalisation des mécontentements autour de votre personne. Les mêmes vieux intrigants que vous étiez sensé venir remplacer et que vous avez préféré caresser dans le sens des poils se taillent déjà une place autour d’un de vos adversaires potentiels aux prochaines élections.
 
Les joutes au sein du parlement n’indiquent pas véritablement une avancée dans le processus républicain. Le niveau des débats est aussi effrayant que dérangeant. Certaines initiatives de votre majorité vous mettent en mauvaise posture parce qu’elles peuvent signifier que vous avez choisi d’être soutenu non par l’intelligence mais par la ruse, non par le discernement mais par la force.
 
Certains de vos ministres gardent leur poste uniquement par souci alimentaire et ne se lassent pas de se lasser en privé parce qu’ils ne s’habituent pas à concevoir votre rôle comme un rôle absolu, un rôle de potentat sur un marché de dupe où les uns peuvent se prévaloir de la marchandise des autres, selon leur entourage d’origine. La horde de conseillers aussi incompétents qu’inefficaces dont vous vous êtes entourés sans que le peuple sache par quel denier vous les payez, ne sait pas, elle-même où donner de la tête.
 
Tel est, Monsieur le Président de la République, le tableau dont la morosité nous effraie et devrait altérer auprès de Votre Excellence, toute velléité de rebelote. Et croyez, Monsieur, que nous n’avons pas eu d’intention alarmiste. Autrement, les difficultés de paiement auxquelles votre gouvernement est de plus en plus confronté auraient pu figurer parmi d’autres affaires dans ce tableau. Car, en réalité, quelle que soit la manipulation des médias, l’information reste têtue.
 
Monsieur le Président de la République,
 
Nous, signataires de la présente lettre, ne sommes qu’une minorité d’opinions parmi un statut socioprofessionnel minoritaire au sein de notre Etat. Nous avons tenu, toutefois, à nous exprimer devant l’histoire face à la crise actuelle, parce que les séquelles peuvent être beaucoup plus graves que ce que la plupart de nos compatriotes craignent. Notre démarche n’est pas partisane : autrement, nous serions tout simplement allés rejoindre le marché de plus en plus grouillant de vos adversaires. Elle exprime une inquiétude profonde à laquelle nous ne pouvons continuer de nous soustraire, parce que nous sommes tous embarqués, sans être tous responsables, dans la galère qui est en train de nous conduire au précipice.
 
Nous ne sommes malheureusement pas en connaissance de cas où, historiquement, quand le peuple a le dos au mur, il n’opère pas de volte-face. En vérité, ce qui nous sauve tous aujourd’hui, vous comme nous, c’est l’espérance que l’alternance inspire en soi. C’est la capacité d’accéder à l’horizon. C’est la connaissance vigilante de l’issue. C’est l’espoir d’un changement. C’est ce brin de petit quelque chose désespéré qui indique à chacun que dans toute relation de pouvoir, c’est celui qui a le moins à perdre qui domine la relation. C’est cette certitude qu’actuellement, le peuple domine la relation ayant déjà tout perdu, parce que tenu par le ventre, et n’ayant donc plus rien à perdre. Vos militants le savent, qui, de plus en plus véreux, font régulièrement du chantage politique, bafouant tel projet pour tel autre, se mettant définitivement au-dessus de la loi.
 
Il se trouve que dans le contexte actuel, la gouvernance des Etats est de plus en plus assujettie au contrôle, voire au diktat de géantes institutions internationales et de gouvernements occidentaux. De telle manière que n’importe quel citoyen, pour peu qu’il a des raisons vérifiables et qu’il est capable de convaincre tel ou tel groupe de pression, peut poursuivre n’importe quel Chef d’Etat africain n’importe où, et ce, quels que soient les intérêts des marchés pour lesquels ce dernier est manipulé, le tout restant une question de temps. Le poids actuel de notre diplomatie combiné à celui de notre économie ne nous place malheureusement pas au-dessus de cet opprobre. L’exacerbation des mécontentements, en raison du tableau sommaire peu reluisant que nous venons de dresser, pourrait, malheureusement aboutir à ces extrêmes.
 
Pour dire les choses rapidement, vous ne devez pas, vous ne pouvez plus, Monsieur Le Président de la République, gouverner aujourd’hui avec des méthodes d’avant-hier. Nous avons besoin d’une autre réputation que la réputation du ridicule, après la sanction collective que nous nous infligeons déjà pour vous avoir demandé de conduire notre destinée pendant un laps de temps.
 
Voilà pourquoi vous êtes disqualifié pour un autre choix que celui de la sagesse. Cette sagesse signifie que dans les prochains jours, en tout cas en ce mois de décembre, vous prendrez toutes vos dispositions pour faire correspondre aux mots de vos promesses, les choses qu’ils sont sensés incarner.
 
Il s’agit de vous rendre compte, après tout le monde, qu’une expression comme « obligation de résultat » est totalement insensée dans un contexte où les résultats du chef lui-même sont très approximatifs, où tellement de personnes sont conviées à la même tâche qu’on ne sait plus qui en est responsable, où l’injustice sociale, le népotisme et le clientélisme sont à leur comble, où la loi est telle pour certains et telle autre pour d’autres… Il s’agit aussi d’admettre, sans volonté de broncher aux conséquences, que « l’obligation de rendre compte » doit concerner tout Béninois, dans quelque secteur qu’il se trouve, y compris vous-même, et ne pas croire que vous êtes la seule personne à qui l’on doit rendre compte. Il s’agit enfin de commencer par gouverner et par administrer, en vous débarrassant de tout le superflu encombrant qui vous a empêché jusque là d’avancer. Avec six conseillers techniques et chargés de missions, une douzaine de ministres responsables, vous auriez infiniment mieux administré ce pays, si c’était effectivement votre souci.
 
Nous serions extrêmement déçus si vous ne répondez pas à cette lettre en vous mettant au travail. Il y va de votre intérêt personnel comme de celui de tous les Béninois.
 
Ont signé
Abel DIDEH
Yao Adolphe KOUNOU
Stéphane GNAVO
Maxime OKOUNDE
Théophile KOCOU
Didier MEGNANGLO
Armand  TOUDONOU
Anice DODODJI
Simplice ADJE 

Publié dans : Opinion - Par David METINHOUE
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Vendredi 28 août 2009 5 28 /08 /Août /2009 21:30

L'histoire de Diego Armando Maradona est intimement liée à la rivalité avec le Brésil. De la polémique historique avec Pelé en passant par son exclusion durant la Coupe du Monde de la FIFA, Espagne 1982, sans oublier son action magnifique et décisive lors de l'inoubliable huitième de finale à Italie 1990, El Diez partage pas mal de souvenirs avec les hommes au maillot verdeamarelho.

Il ne fait aucun doute que le rendez-vous du 5 septembre prochain entre le sélectionneur argentin et le Brésil, dans une rencontre cruciale en vue de la qualification pour Afrique du Sud 2010, s'inscrira dans la lignée de ces matches épiques. En attendant le grand jour, le stratège albiceleste a accepté d'évoquer pour FIFA.com ses relations avec Dunga, les points forts de la Seleção et les Brésil-Argentine qui l'ont le plus marqué lorsqu'il était joueur. "Nous jouerons pour nous qualifier", prévient-il.

Pour lire la première partie de cet entretien, cliquez sur le lien dans la colonne de droite.

Diego, vous vous apprêtez à vivre un nouveau clásico contre le Brésil. Comment expliquer à quelqu'un qui n'est pas sud-américain la rivalité qui existe entre ces deux grandes nations de football ?
Ils pratiquent un football flamboyant, plein de joie, tandis que nous, nous avons de très bons joueurs et une mentalité de gagneurs. Mon avis, c'est qu'il n'y a pas une équipe au-dessus de l'autre. Nous sommes au coude à coude. Les deux pays donnent toujours beaucoup de joueurs au football mondial.

S'ils disent que Kaká ne va pas jouer, nous ne les croyons pas. Si nous annonçons que Messi sera absent, Dunga rigolera. Voilà comment ça se passe. Pas de cadeau...
Diego Maradona, à propos des clasicos Brésil-Argentine

 

À quel autre match pourrait-on comparer ce clásico ?
C'est un clásico sud-américain comparable à une finale de Ligue des champions ou à la finale de l'Euro. On ne se fait aucun cadeau. S'ils disent que Kaká ne va pas jouer, nous ne les croyons pas. Si nous annonçons que Messi sera absent, Dunga rigolera. Voilà comment ça se passe. Pas de cadeau...

Le Brésil a toujours tenu une place à part dans votre carrière de joueur. Il y a eu par exemple votre exclusion lors de la Coupe du Monde de la FIFA en 1982. Quel souvenir gardez-vous de cette rencontre ?
En vérité, le coup que j'ai donné en 1982 n'était pas destiné à Batista, mais à Falcao. À 3:1, il a commencé à nous chambrer, à provoquer, à parader. Ça ne m'a pas plu. Je me suis énervé et j'ai donné un coup. Quand j'ai vu Batista par terre, je lui ai dit : "Oh désolé, ce n'était pas pour toi..." (rires).

Il vous a compris ?
Oui. Nous avons eu l'occasion d'en reparler. Quand il jouait à la Lazio, nous n'étions pas très loin. Nous sommes devenus amis. Chaque fois qu'il y avait une remise de prix ou une occasion de ce genre, nous nous asseyions côte à côte et nous discutions. Je lui disais toujours : "Je te promets que ce n'était pas pour toi. Je te le jure. Je t'ai vraiment pris pour Falcao". Il répondait invariablement que Falcao était blond et que de toute façon, ils ne se ressemblaient en rien. Sur ce point, il avait raison. Mais comme je lui expliquais, j'étais tellement énervé que j'ai tapé à l'aveugle ! (nouveaux rires).

J'ai joué pendant dix ans dans le football européen, alors que Pelé n'a joué qu'en Amérique du Sud. D'accord, il a gagné plusieurs Coupes du Monde. Mais jouer en Europe, c'est autre chose
Diego Maradona, à propos de l'éternelle comparaison avec Pelé

 

Le but de Claudio Caniggia, à Italie 1990, a dû être une douce vengeance...
Ç'a été merveilleux ! Le Brésil avait une équipe énorme... Ils nous ont poussés dans les cordes pendant toute la partie. La seule fois où ils m'ont laissé un peu d'espace, je les ai surpris. Je prends de vitesse Alemao et Dunga, avec lequel je joue de l'épaule pour ne pas qu'il me renverse. Ensuite, quand ils m'enferment, je mets une passe du droit pour un éclair qui me passe à côté. Cet éclair, c'est Caniggia... Je lui donne du droit et le ballon passe entre les jambes de Ricardo Rocha, qui me fauche.

Et Caniggia marque...
Oui. Cani arrive tout seul devant Taffarel. Moi, je suis au sol et je le regarde en pensant : "Frappe, frappe, s'il te plaît frappe !". Et lui, il ne s'arrête plus de feinter, jusqu'à ce qu'il contourne Taffarel pour frapper enfin. Quand il se débarrasse enfin du gardien, je ne regarde plus que le filet et après une éternité... je le vois bouger. Ouf ! Ç'a été l'une des plus grandes joies de ma vie.

Vous vous êtes parfois gentiment moqué de la manière peu enthousiaste avec laquelle Caniggia a fêté ce but...
Incroyable ! Moi, j'ai envie d'embrasser le ciel et lui, il fait juste ça (il l'imite en remuant légèrement les mains). C'était tout lui. Il a fait exactement la même chose contre l'Italie. C'était tout simplement dingue !

Brésiliens et Argentins n'arrêtent pas de se chamailler et de se provoquer dès qu'il s'agit de savoir qui, entre Pelé et vous-même, était le meilleur. Peut-on comparer deux joueurs qui ont évolué à des époques aussi différentes ?
Vous savez ce qui se passe ? J'ai joué pendant dix ans dans le football européen, alors que Pelé n'a joué qu'en Amérique du Sud. D'accord, il a gagné plusieurs Coupes du Monde. Mais jouer en Europe, c'est autre chose. Je ne veux pas dire que j'étais meilleur que lui, ni rien d'autre dans le genre. Ça n'a rien à voir. Simplement, j'ai joué à une époque où en Espagne comme en Italie, j'étais marqué par de vrais chiens de garde, qui m'en ont fait baver !
Pelé avait à ses côtés Coutinho et Rivelino, qui est pour moi l'un des meilleurs joueurs de tous les temps. Après il a eu Jairzinho, Clodoaldo, Gérson, Tostao... bref, que des monstres. Mais bon, cela n'enlève rien au fait qu'il y a eu un vote et qu'il a fini deuxième derrière moi. Personne ne m'enlèvera ça. Au Brésil, il y a eu un autre sondage, où il est également arrivé deuxième, mais derrière Ayrton Senna cette fois. Il faudrait qu'il arrête avec ces deuxièmes places ! (rires).

Ils ont le meilleur gardien du monde. Quelle différence avec les gardiens brésiliens du passé, qui arrivaient à se marquer des buts avec des ballons non cadrés !
Diego Maradona, à propos du gardien brésilien Julio César

 

Parlons de la sélection brésilienne. Quelle impression vous a-t-elle faite lors de la Coupe des Confédérations de la FIFA ?
Le Brésil a très bien joué, même si Dunga a visiblement du mal à trouver une solution sur le côté gauche. Il a essayé Kleber, Santos et même Dani Alves. Felipe Melo m'a fait très bonne impression, ainsi que Luis Fabiano et Kaká. Maicon est un rouleau compresseur et Robinho, dès qu'il a le ballon, est à la fois très percutant et très précis. C'est une équipe solide. Ils ont de grands défenseurs centraux et, à mon humble avis, le meilleur gardien du monde.

Quelle différence avec les gardiens brésiliens du passé, qui arrivaient à se marquer des buts avec des ballons non cadrés ! Aujourd'hui, avec Julio César, ils ont le meilleur. Il l'a prouvé avec l'Inter et en sélection. L'équipe est solide, même si ses adversaires la mettent souvent en danger. Mais une chose est claire : nous allons jouer la gagne !

Si vous pouviez prendre un joueur brésilien dans votre équipe, qui choisiriez-vous ?
De l'équipe actuelle ? J'aimerais bien avoir Kaká. Il sait créer le déséquilibre.

Et à l'inverse, quel Argentin les Brésiliens aimeraient-ils avoir ?
Messi, à coup sûr !

Quelles étaient vos relations avec Dunga, globalement ?
Bonnes... Le truc avec Dunga, c'est que quand il jouait, il voulait être le shérif sur la pelouse. Avec ses grandes jambes, il essayait de couvrir la moitié du terrain à lui tout seul. Et comme je ne m'échappais pas, il voulait m'intimider, parce qu'il voulait absolument être le patron de l'entrejeu. Le jour où Caniggia a marqué ce fameux but en Italie, j'ai remarqué que Dunga arrivait sur moi pour me faire tomber. J'ai anticipé et finalement, il a raté le ballon et le bonhomme. Cela dit, nous nous entendons très bien depuis quelques temps.

Dernière question : avez-vous un pronostic pour le 5 septembre ?
Non, je ne crois pas à la prémonition. Ce que je peux vous dire en revanche, c'est que nous jouerons pour décrocher la qualification sur ce match.
Interview réalisé par FIFA.com

Par David METINHOUE
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Mardi 11 août 2009 2 11 /08 /Août /2009 22:34

Il est tout simplement l'un des hommes les plus populaires de la planète. Diego Armando Maradona est pour beaucoup le plus grand footballeur de tous les temps. Après avoir traversé des périodes ô combien difficiles où il a côtoyé la mort d'assez près, le flamboyant sélectionneur de l'Argentine vit des jours dorés à la tête de l'équipe de son cœur. Comble de bonheur, il est récemment devenu grand-père.

À 48 ans, ce dieu vivant du football a accepté de dialoguer pour la première fois en exclusivité avec FIFA.com. Comme toujours lorsqu'il est question de ballon rond, l'homme s'exprime avec passion. En avant pour un tête-à-tête avec celui qui, comme il l'affirme lui-même, a su se réinventer dans l'adversité...

La deuxième partie de cet entretien, où il est notamment question du Brésil, de Pelé et de sa perception du grand clásico sud-américain, sera publiée prochainement.

Diego, cela fait maintenant neuf mois que vous êtes à la tête de la sélection argentine. On ne peut pas dire que les choses se sont toujours bien passées...
C'est vrai, entre autres parce que pendant cette période, je n'ai passé qu'un mois et demi avec les garçons. C'est très peu pour travailler et apprendre à se connaître. Mon arrivée s'est très bien passée, mais je dois maintenant faire entrer dans 25 têtes toutes sortes de préceptes sur ce qu'il faut faire sur le terrain et en dehors. Comme je suis déjà passé par là, je ne fais que mettre mon expérience au service de l'équipe.

J'ai traversé des périodes extrêmement difficiles. Je me suis réinventé et aujourd'hui, je suis sélectionneur de l'Argentine. C'est comme un rêve !
Diego Armando Maradona, à propos de ses nouvelles fonctions

 

Cela vous plaît ?
C'est dur ! Je m'amusais beaucoup plus en tant que joueur, mais vous ne pouvez pas échapper à vos responsabilités. Vous savez que j'ai traversé des périodes extrêmement difficiles. Je me suis réinventé et aujourd'hui, je suis sélectionneur de l'Argentine. C'est comme un rêve !

Est-ce plus difficile que prévu ?
C'est difficile pour les raisons que je viens de mentionner. Vous passez votre temps au téléphone pour savoir où en sont les joueurs. Tous les jours, je suis en contact avec les préparateurs physiques pour savoir comment s'entraînent Messi, Agüero, Maxi Rodríguez, ou si Jonás Gutiérrez a joué. C'est surtout un travail de logistique. Mais bon, les choses sont ainsi et je sais que le match contre le Brésil peut nous donner la qualification. Ensuite, nous irons au Paraguay avec pas mal de chances de l'emporter également. Si Dieu le veut, je disposerai de 20 jours de préparation avant le Mondial avec tous les joueurs. C'est à ce moment que nous nous organiserons pour avoir un maximum de chances de gagner la Coupe du Monde.

Revenons sur vos neuf mois à la tête de l'équipe d'Argentine. Votre nomination a été un grand évènement dans le monde du football. Vous avez du être très sollicité...
Oui ! Cela dit, je ne vais pas systématiquement aux conférences de presse. Un entraîneur doit savoir quand intervenir. Ce n'est pas parce que je suis Maradona et que j'entraîne l'équipe d'Argentine que je dois être partout à la fois et rester en bons termes avec tout le monde. Les vrais protagonistes sont les joueurs. Il leur appartient plus qu'à moi de parler.

L'Argentine doit savoir profiter d'une chose : nous avons beaucoup plus de maîtrise que les autres. Seul le Brésil peut rivaliser avec nous dans ce domaine
Diego Maradona, à propos du style de jeu de l'Argentine

 

Quelles sont les questions qui commencent à vous fatiguer ?
Par exemple : "Quand va-t-on voir le style Maradona dans cette équipe ?". Il est totalement injuste d'espérer voir un style Maradona quand vous récupérez les joueurs deux jours seulement avant chaque match. On fait avec ce qu'on a et dans mon cas, il faut tout faire en trois jours. La plupart des joueurs arrivent d'un long voyage. Ils ont besoin de temps pour se dégourdir les jambes, etc. Nous disposons de très peu de temps pour travailler avant le match. Je ne peux pas leur imposer deux entraînements par jour : ils exploseraient ! La solution est donc de leur inculquer ce que je veux, mais peu à peu. Je suis sélectionneur avant d'être directeur technique.

À l'inverse, y a-t-il des aspects sur lesquels on ne vous interroge pas et que vous aimeriez mettre en avant ?
Oui. La solidité du groupe, par exemple. Contre la Bolivie, nous avons été sévèrement battus et pourtant, le groupe est resté soudé. Quand vous subissez une défaite aussi lourde, certains joueurs le prennent parfois très mal. Là, c'est exactement le contraire qui s'est produit. Lors du retour, nous avons fait une réunion dans l'avion et cela nous a donné de la force. Suite à quoi nous avons fait un grand match contre l'Équateur. Nous aurions pu mener de deux buts à la mi-temps, et finalement nous perdons. J'espère que cela ne se reproduira pas contre le Brésil.

Est-il vrai que vous vous réveillez parfois en pleine nuit avec des idées quant au jeu et que vous vous levez pour les noter ?
C'est vrai, oui. Ça concerne surtout les coups de pied arrêtés, les corners... Je veux que le bloc soit beaucoup plus compact quand nous attaquons. Nous devons réduire le plus possible les espaces entre les défenseurs, les milieux et les attaquants. De cette façon, quand nous perdons le ballon, nous pouvons tout de suite presser l'adversaire. L'Argentine doit savoir profiter d'une chose : nous avons beaucoup plus de maîtrise que les autres. Seul le Brésil peut rivaliser avec nous dans ce domaine, mais pas l'Italie, ni l'Allemagne. Dernièrement, l'Espagne a montré des qualités similaires. Un joueur comme Xavi est capable de se débarrasser de deux adversaires et de servir Villa ou Torres dans des conditions idéales. Mais c'est à peu près tout. Quand nous faisons le pressing, l'équipe adverse est étouffée.

Vous regardez beaucoup le football ?
Tout le temps, tout le temps...

Sur ce que vous avez vu dernièrement, une équipe vous a-t-elle surpris ?
Non. Les équipes sont ce qu'elles sont : l'AC Milan ne va pas bien, l'Inter se maintient à son niveau. Je pense que le Real Madrid sera différent avec Kaká. Il deviendra le catalyseur de l'équipe. Ce que je ne comprends pas, c'est pourquoi Gago ne joue pas. Ils devraient le faire jouer. Personnellement, je continue à lui faire confiance. J'ai également vu jouer la Juve de mon ami Ciro Ferrara, avec un système qui fonctionne bien, dans le plus pur style italien : un catenaccio hermétique derrière et Del Piero à la baguette. Parmi les Argentins, j'ai eu l'occasion de voir Diego Milito récemment. Il a démontré qu'il était un grand joueur. Même chose pour le Kun Agüero.

J'essaie de l'appeler de temps en temps, mais il faut dire qu'il est plus facile de parler à Obama qu'à Lío !
Diego Maradona à propos de Lionel Messi...

 

Et Messi ?
Ça fait un moment que je ne l'ai pas vu. J'essaie de l'appeler de temps en temps, mais il faut dire qu'il est plus facile de parler à Obama qu'à Lío (rires) ! Je sais qu'il fait une bonne préparation pour la nouvelle saison. De ce côté-là, nous sommes tranquilles.

Y a-t-il un joueur qui vous a surpris ces derniers temps ?
Felipe Melo est l'une des dernières grandes révélations brésiliennes, de même que Hulk, le joueur de Porto. J'ai remarqué également que Ronaldinho, s'il a perdu du poids, n'a pas retrouvé l'explosivité qu'on lui connaissait. J'aimais ses dribbles et la facilité qu'il avait pour éliminer les adversaires. J'espère qu'il retrouvera tout cela, après le match contre l'Argentine de préférence...

Parlons de l'homme Maradona. Quel a été le pire moment ?
Le pire est passé... C'est du passé (il réfléchit). J'ai touché le fond et mes filles m'ont aidé à remonter à la surface. Je suis maintenant capable de me lever tous les jours. C'est un petit exploit, après avoir traversé des périodes où je restais trois jours sans dormir, ou sans me lever. Chaque fois que je vois mon petit-fils, j'ai conscience d'être miraculé. Le reste est secondaire, ça passe, comme un penalty ou un coup franc. Tout le reste est vraiment secondaire.

Et le meilleur ?
Le meilleur a été la réaction, le fait de me réinventer en tant que personne en prenant l'adversité à bras le corps. Ce n'est pas que j'apprécie particulièrement l'adversité mais lorsqu'elle est là, je lutte de toutes mes forces pour que tout cela ne se reproduise plus. La différence, c'est qu'aujourd'hui je suis tout entier pour me battre.

Chaque fois que je vois mon petit-fils, j'ai conscience d'être miraculé. Le reste est secondaire, ça passe, comme un penalty ou un coup franc...
Diego Maradona, à propos du bonheur d'être grand-père

 

Quand on s'appelle Diego Maradona, on doit vivre des situations assez incroyables. Pouvez-vous nous donner un exemple ?
Je crois que la situation la plus folle a été lorsque je me suis retrouvé avec Fidel Castro, à lui expliquer comment tirer les penalties. Il m'a demandé comment je faisais et je lui ai répondu : "Je regarde le gardien. S'il soutient mon regard plus longtemps que moi, il arrête mon penalty. Si c'est moi qui arrive à le regarder plus longtemps, je mets le ballon de l'autre côté". Fidel s'est alors dépêché de pousser tous les fauteuils pour faire de la place (il mime la situation) et m'a dit : "Vous allez me tirer un penalty, d'accord ?". On a apporté un ballon et je lui ai dit : "Imaginez que ça, c'est le but. Mettez-vous au milieu". Et j'ai tiré un penalty à Fidel Castro. De la folie pure !

Il n'a pas bougé et j'ai marqué. Ensuite, il a continué à me poser beaucoup de questions sur la manière de frapper le ballon, la position du pied, etc. "Ça vient sur le moment, maestro", lui ai-je dit. Il en a conclu que c'était facile, qu'il suffisait de bien regarder le gardien. Il m'a assuré qu'un jour, nous nous entraînerions à tirer des penalties sur un vrai terrain de foot. C'est un passionné de base-ball. Il a immédiatement compris le truc !
Puis nous avons parlé politique, pendant facilement six ou sept heures. J'ai adoré. C'est une vraie légende vivante. Il n'y a pas un seul être au monde qui soit aussi charismatique, selon moi en tout cas. Pas même le pape.

En parlant de charisme, on peut imaginer que la Coupe du Monde fait partie de vos rêves...
Oui, ainsi qu'une rencontre avec Mandela. Il a eu 91 ans l'autre jour. J'ai failli le rencontrer une fois, mais ça n'a pas été possible en raison d'un contretemps. C'est dommage. J'espère vraiment pouvoir faire sa connaissance.

Peut-être en décembre prochain, à l'occasion du tirage au sort ?
C'est une possibilité, ou peut-être avant, lorsque nous irons faire les repérages pour le Mondial. En tout cas, c'est une chose qui me tient beaucoup à cœur.

La Coupe du Monde de la FIFA, est-ce une obsession ?
Une Coupe du Monde sans l'Argentine ne serait pas une Coupe du Monde. Ou alors elle serait très fade...

Vous ne doutez pas un instant de la qualification...
Évidemment ! Sinon, je ne serais pas là en train de parler avec vous.

Vous vous souvenez de la première fois où vous avez vu le trophée de la Coupe du Monde de la FIFA ?
Et comment ! La première fois, c'était en photo. Quand nous l'avons remportée après la finale contre l'Allemagne, j'ai pu la toucher, l'embrasser. Après tant de jours de concentration, tant de jours à courir après cette coupe, la tenir dans ses mains... Vous ressentez une fierté unique, c'est ce qu'il y a de plus beau. Je l'ai déjà dit à mes joueurs : 30 jours de sacrifices pour pouvoir embrasser cette coupe, ce n'est rien du tout dans la vie d'un homme. C'est comme toucher le ciel des deux mains.

30 jours de sacrifices pour pouvoir embrasser cette coupe, ce n'est rien du tout dans la vie d'un homme. C'est comme toucher le ciel des deux mains
Diego Maradona, à propos d'une victoire en Coupe du Monde de la FIFA...

 

Vous avez déclaré connaître la formule pour la gagner...
Je l'ai gagnée et j'ai été finaliste. À Rome, nous avons perdu alors que tout le monde nous donnait vainqueurs. Avant cela, on avait dit que nous n'allions pas résister au Brésil. Nous sommes passés. On avait annoncé que nous ne pouvions pas battre l'Italie. Nous avons gagné. En finale... je dis toujours qu'il faut avoir de la chance en Coupe du Monde, mais la chance a elle aussi besoin d'un coup de main. En 1990, nous avions énormément de blessés. Mes joueurs sont prévenus à ce niveau-là. Ce sont 30 jours pleins, fous, où vous ne pensez qu'à ça. C'est à cela qu'il faut se préparer. J'ai participé à quatre Coupes du Monde et joué deux finales. Je sais comment y arriver, comment gérer le groupe, comment l'entraîner, comment parler aux joueurs. Je parle en connaissance de cause. Je n'ai pas terminé huitième ou neuvième, mais premier. Je connais mon sujet...

En 1986, la plupart de vos coéquipiers disent que vous ne vouliez pas lâcher le trophée après la finale...
C'est vrai, j'avais du mal à le lâcher. Le fait est que nous n'avons pas pu faire de tour d'honneur au stade Aztèque. Nous avons essayé, mais ça n'a pas été possible. Quand nous sommes rentrés à l'América, où nous étions basés, j'ai pris la coupe pour l'emmener sur le terrain où nous nous entraînions tous les jours. C'est alors que nous avons fait un tour d'honneur. Il n'y avait que nous, avec nos familles sur le bord du terrain.

Si vous gagnez la Coupe du Monde de la FIFA en 2010, vous soulèverez le trophée ?
Non, c'est Masche (Mascherano, actuel capitaine de l'Argentine) qui va s'en charger, et il ne voudra plus la lâcher ! L'histoire a tendance à se répéter...

Publié dans : Opinion - Par David METINHOUE
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Mercredi 5 août 2009 3 05 /08 /Août /2009 19:35

Excellence Monsieur le Président de la République
« Celui-ci est mon Fils bien-aimé, celui qu’il m’a plu de choisir » (Matthieu, 3/17). Une transposition qui induit, malheureusement, le mélange des genres et comme une banalisation des textes sacrés, me permet néanmoins d’affirmer que l’onction reçue par Jésus¬-Christ à son baptême et lors de la Transfiguration sur le Mont Thabor (id., 17/5) ressemble ¬mutatis mutandis donc – à celle que le peuple béninois vous a conférée en mars-avril 2006.

Les 34% du premier tour ont conduit presque naturellement au 75% du second tour. Les ethnies réunies et les partis réunis vous ont désigné comme l’homme de la situation, le « Fils bien-aimé » devant prendre la tête de notre marche vers la terre promise de l’homme nouveau, où nous avons décidé nous-mêmes d’aller. Et si j’en crois des sondages d’opinion, qui ont circulé sous le manteau, nous étions, trois mois après votre prestation de serment, plus de 80% de la population à voter pour vous dès le premier tour. Unanime Dimanche des Rameaux, enthousiasme et ferveur populaires pour vous consacrer en votre mission. Car une onction, c’est toujours pour une mission. Et la vôtre était de conduire le Bénin vers l’unité et vers l’éradication de l’impunité afin que cesse la corruption endémique et qu’adviennent la nation et la moralisation de la vie publique. Et le peuple, conscient de la difficulté de la double mission, s’était mis spontanément à votre disposition pour vous aider.
Je me rappelle le témoignage de ce jeune homme, spécialiste, comme beaucoup d’autres, des petites « affaires » avec le Nigeria voisin. Nous sommes au CIC, à une conférence sur le thème de la lutte contre la corruption. A l’heure des questions, le jeune homme confie au public une étrange difficulté devenue la sienne. Depuis le 6 avril 2006, il n’arrive plus à rien faire passer en fraude. Les douaniers, ses complices d’hier, sont devenus méfiants et lui imposent de payer normalement toutes les taxes au motif que « c’est le changement » et qu’ils ne veulent pas d’histoire. Et le jeune homme de conclure, à la surprise générale: « C’est très dur pour moi, mais c’est très bien pour le pays. Je soutiens le changement ». N’ a été longuement ovationné par la salle.
Je me rappelle le témoignage de ce jeune médecin, habitué à faire en taxi le trajet Cotonou-Dassa-Cotonou. Il s’étonne du relèvement sensible et inopiné du tarif. Le chauffeur de circonstance lui explique calmement qu’à cause du changement, leur syndicat a interdit toute surcharge mais les a autorisés à récupérer honnêtement le manque à gagner en augmentant légèrement les tarifs. Dont acte. Honnêtement…à cause du changement.
Les deux témoignages tiennent à l’intérieur du laps de temps des six premiers mois de votre avènement à la Présidence de la République. Enthousiasme et ferveur populaires. Le peuple béninois était au rendez-vous du changement voulu par lui-même et qu’il venait de vous charger de conduire à bon port. Aujourd’hui, il y a fort à parier que le jeune homme a repris ses combines avec les douaniers revenus à la norme du vieil homme, et que le taximan sur le trajet Cotonou-Dassa-Cotonou a renoncé à l’onéreuse honnêteté de la non surcharge. Et tous disent, chacun à sa manière: « Bof! C’était du bluff, son changement. Comme toujours ! » Oui, Monsieur le Président, partout aujourd’hui, au Bénin, on fait l’état des lieux de l’échec du changement, et l’on vous rend responsable de cet échec, sur le front de l’unité nationale comme sur le front de la lutte contre la corruption qui passe par l’impunité zéro.
Sur le front de l’unité nationale, je ne sache pas que vous ayez blâmé officiellement votre ministre qui est allé tenir à Dassa des propos qui font gravement entorse à notre marche vers l’unité. Quelle idée, en effet, de faire de la cité mariale la chasse-gardée électorale d’un seul Béninois, vous, en l’occurrence! Je ne sache pas non plus que vous vous soyez démarqué officiellement de ce député, qui vous soutient, et qui a parcouru triomphalement pendant des jours une partie du pays en y tenant de graves propos à l’encontre de l’unité nationale. Quelle idée, en effet, d’opposer entre elles deux régions du pays en allant insinuer chez l’une que l’autre a suscité la candidature du Béninois Untel pour torpiller une autre candidature, la vôtre en l’occurrence! A mon humble avis, vous avez obligation de désavouer officiellement votre ministre, parce que l’article 41 de la Constitution fait de vous l’incarnation de l’unité nationale, obligation également de vous démarquer officiellement du député divisionniste, parce que l’article 80 de la Constitution fait de hu « le représentant de la Nation toute entière ». Infidélité à vos promesses? Voire. Mais de grâce, pas d’infidélité à la Constitution!
Il  me semble également qu’en portant de 12 à 29 le nombre de départements pour faire plaisir à des mécontents, vous attisez le régionalisme au lieu d’aider à son atténuation pour nous conduire lentement mais sûrement à son extinction en vue de l’avènement de la nation. Vous voyez d’ailleurs que les populations vous prennent au mot et que chaque commune ou municipalité se sent désormais une vocation à devenir chef-lieu de département, quitte à vider de son sens la notion de département, qui est une notion foncièrement unificatrice.
En quarante-neuf ans d’indépendance, et parce que j’étais jeune adolescent le 1er août 1960, j’ai tout vu et tout vécu, si j’ose dire, au moins par personnes interposées, de l’histoire politique post-coloniale de notre pays, notamment en matière de menaces sur l’unité nationale. Nous avons traversé moult tempêtes en faisant toujours très attention à ce que le navire, à bord duquel nous sommes tous embarqués, sorte indemne des eaux. Il a fallu votre avènement à la Présidence de la République pour que de nombreux Béninois se mettent à craindre la guerre civile pour 2011, voire à l’envisager ouvertement comme thérapie de choc pour sortir de la situation politique installée par vous depuis trois ans, situation politique jugée insupportablement délétère.
Et pour alimenter cette angoisse, une rumeur insupportable court depuis quelque temps déjà: à deux reprise au moins, dans des cercles très fermés, vous auriez dit en substance que si les gens [de telle région du Bénin] veulent la guerre, ils l’auront, mais que vous ne serez pas le premier à mourir. Les mauvaises langues vous auront-elles prêté ces propos inadmissibles de la part d’un Chef d’Etat? Pourquoi n’ont-elles jamais rien prêté de tel à aucun de vos prédécesseurs? « On ne prête qu’aux riches », et vous avez dû vous montrer apte à ce prêt.
Sur le front de la lutte contre la corruption, et malgré la célèbre « marche verte » du début flamboyant (mais trompeur) de votre présidence, j’ai beau scruter l’horizon, je ne vois rien venir. Et n’est-ce pas précisément parce qu’ils ne voyaient rien venir sur le front de la lutte contre la corruption, contrairement à leur attente et à vos promesses, que les acteurs des deux témoignage cités plus haut ont baissé les bras et ont recommencé à mettre la main à la triste besogne dont ils voulaient bien se corriger? Hélas, celui qui devait donner le signal du départ est resté silencieux. Vous êtes resté ambigu et comme consentant.
Pour m’assurer que nous ne nous étions quand même pas trompés, au moins sur la forme, j’ai repris et relu votre » Agenda pour un Bénin nouveau », le programme politique du
candidat Boni Yayi, programme qui nous a soulevés d’enthousiasme et de ferveur, programme auquel nous avons adhéré en 2006 dans un élan d’espérance rare dans notre histoire post-coloniale. Au chapitre « Gouvernance » notamment, vous avez dit tout ce que nous voulions entendre et voir mettre en pratique: « Je veux constituer autour de moi, pour diriger les affaires publiques, une équipe d’hommes et de femmes de grande qualité, réputés
pour leur patriotisme et leur compétence, enclins à la vertu, responsables et intègres et aptes à servir le pays avec humilité et abnégation. » (p.19) Je voudrais vous rappeler que tout ce passage, comme certains autres, a été rédigé en caractères gras pour retenir l’attention comme faisant partie des traits essentiels de votre action politique à venir. Or le moins que l’on puisse dire est qu’il y a loin de la coupe à la lèvre, que les gens vertueux n’ont jamais brillé par leur nombre dans les rangs de vos collaborateurs et que, plus le temps passe, moins il y en a autour de vous. Le Bénin manquerait-il à ce point « d’hommes et de femmes de grande qualité…, enclins à la vertu… » ? Je pense que non. C’est plutôt vous qui donnez le sentiment de préférer travailler avec les gens qui ont les mains sales ou qui se les salissent sans scrupule.
Et je fais partie de ceux qui tiennent pour un affront à notre volonté de lutte contre la corruption le fait que la grande coalition FCBE, qui vous soutient, comprenne des parlementaires qui pourraient avoir des comptes à rendre à la justice de notre pays pour leur gestion à la tête de telle de ses sociétés d’Etat. Il ne dépend pas de vous qu’ils soient parlementaires et couverts par l’immunité, mais il dépend de vous qu’ils soient membres de la mouvance présidentielle et vous soutiennent. Et comment pourriez-vous lutter contre l’impunité quand vous êtes porté par de possibles justiciables qui, en plus de l’immunité parlementaire, profitent de votre protection personnelle pour ne jamais être mis en examen ? Je suis, je le répète, de ceux qui ne s’y retrouvent pas: nous voulons l’impunité, or sous nos yeux et sous votre règne l’impunité prospère.
Et comment l’impunité ne prospérerait-elle pas sous votre règne? Dans votre « Agenda pour un Bénin nouveau », vous avez promis qu’à effet de la lutte contre la corruption, « sera proposée une loi sur l’enrichissement illicite, rendant imprescriptibles les crimes économiques » (p. 21). Je ne sache pas que cette loi ait jamais été proposée et que vous et vos soutiens au parlement ayez œuvré pour qu’elle soit adoptée. C’est, du reste, cohérent, cette infidélité à la parole donnée, cohérent compte tenu de ce qui précède, compte tenu du fait que vous vous laissez porter par des gens qui ont peut-être des crimes économiques à se reprocher. Sans une telle loi, vous le savez pourtant, la corruption et l’impunité ont de beaux jours devant elles pour le plus grand malheur de notre pays.
Excellence Monsieur le Président de la République, c’est un homme profondément déçu qui s’ouvre amicalement à vous en prenant, pour vous parler, quelques exemples sur les deux seuls ftonts de l’unité nationale et de la lutte contre la corruption. Je suis profondément déçu parce que je vous ai ardemment soutenu. Aujourd’hui, au fond de l’amertume avec beaucoup d’autres, je me dis souvent « ce n’est pas vrai, il ne peut pas nous faire ça ! », et je
suis infiniment peiné de devoir me convaincre, tant les faits sont établis, que vous nous avez trompés. Le « ça va changer », auquel nous avons cru et adhéré parce que nous le voulions de tout notre vouloir, n’aura jamais été que slogan et vaine promesse électorale. Aujourd’hui sous votre règne, au mois d’août 2009, aujourd’hui plus qu’hier, le peuple béninois est en crise et en recul par rapport à son désir d’unité et par rapport à sa volonté d’en finir avec l’impunité qui fait le lit de la corruption, génératrice des maux que vous savez. Votre valse hésitation entre remaniement ministériel raté, un peu de limogeage ici, une touche de permutation là-bas et une pincée de suspension plus loin, constitue un aveu d’échec et d’impuissance. Il n’y a pas de vision, nous ne savons pas où vous nous menez. Le changement, sous votre égide, a échoué. Nous devons recommencer à zéro. Etes-vous capable de reprendre la main, capable de redevenir l’homme de la situation? Vous seul pouvez répondre à la question.
Pour ce qui nous concerne, « le messie viendra le lendemain de sa venue. », c’est-à¬dire que nous n’avons pas le droit de renoncer à l’espoir, espoir tenace, actif et proactif, exigé par l’urgence de la tâche de redressement de notre pays. Et nous voici donc toujours déjà en quête du Béninois ou de la Béninoise qui, au sommet de l’Etat béninois, cultivera, pour l’exemple et pour la bonne gouvernance, la « vertu politique », selon Montesquieu, vertu politique du respect des textes et du respect des promesses. Notre quête, je le sais, sera couronnée de succès.

Respectueusement et patriotiquement vôtre,
Roger Gbégnonvi

Publié dans : Opinion - Par David METINHOUE
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